La Sonate à Bridgetower - faire de la musique dans les tourments de l'Histoire
J'ai envie de vous parler de ce roman publié en janvier 2017 de manière rétrospective car je l'ai lu l'hiver dernier.
Emmanuel Dongala, né au Congo qu'il a quitté en 1997 au moment de la guerre civile a publié son premier roman en 1973 aux éditions Albin Michel dont le titre est Un fusil dans la main, un poème dans la poche, réédité depuis au Serpent à plumes. Cette maison d'édition fut pendant longtemps celle de cet écrivain mais elle connut énormément de rebondissements que l'on passera dans ce billet. Heureusement, elle existe toujours ! En 2010, Actes Sud édita Photo de groupe au bord du fleuve qui valut à son auteur plusieurs prix dont le prix Ahmadou Kourouma. Depuis cette date, il n'avait rien publié.
Avec La Sonate à Bridgetower, Emmanuel Dongala nous revenait en 2017. Ce roman a été édité dans le domaine français d'Actes Sud, par Marie Desmeures.
Les amoureux de musique et ceux qui connaissent en particulier Beethoven découvrent avec ce roman la figure de George Bridgetower qui a vraiment existé, violoniste prodige, premier dédicataire de la Sonate à Kreutzer. Son père, Frederick de Augustus, dont on sait peu de choses historiquement parlant fut sans doute un Noir de la Barbade ayant résidé au château d'Eszterhazy. George fut sans doute l'élève de Haydn et le modèle de son père fut Leopold Mozart. C'est un roman politique et qui n'est pas seulement tourné autour de la musique. L'action se passe dans trois capitales européennes, Paris, Londres puis Vienne, entre 1789 et 1803. On redécouvre la vie de l'époque et de nombreux personnages qui l'ont marquée, on visite les salons musicaux parisiens à travers les événements qui nous sont racontés, les salles de concert et on est confronté aux difficultés qu'ont les personnages principaux pour s'intégrer et surtout pouvoir vivre, dans des temps troublés. Londres est un exil pour George et son père. Dans la dernière partie du roman, Beethoven est bien sûr présent et je n'en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de lecture.
C'est également un roman qui nous parle avec brio de la condition des Noirs à l'époque, de l'esclavage. Les dialogues sont extrêmement vivants tout comme les descriptions. On a l'impression de se trouver dans un des grands romans de Balzac. Ce serait réducteur de lui coller l'étiquette "roman historique". C'est un livre absolument passionnant dont je recommande très chaleureusement la lecture. Cela m'a donné envie de découvrir d'autres textes de l'écrivain. Emmanuel Dongala est assurément une grande voix parmi les auteurs nés en Afrique et qui écrivent en français. Je pense à Alain Mabanckou notamment, autre grand écrivain né au Congo et travaillant et vivant aux Etats-Unis une grande partie de l'année, comme Emmanuel Dongala.
